Renforcement des services d’alerte précoce au Tchad
Les communautés vulnérables du Tchad bénéficient désormais de services climatiques, météorologiques et hydrologiques améliorés, ainsi que d’alertes précoces salvatrices, grâce à un projet mené sur six ans (2019–2025) et financé par l’Initiative sur les risques climatiques et les systèmes d’alerte précoce (initiative CREWS, Climate Risk and Early Warning Systems Initiative). En renforçant les institutions, en étendant les réseaux d’observation, en améliorant les capacités de prévision et en optimisant la prestation de services sur le terrain, ce projet a démontré comment des investissements ciblés peuvent transformer la science et les données en actions concrètes qui sauvent des vies.
Ce projet s’inscrit dans une série d’initiatives financées par le CREWS et mises en œuvre par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) pour renforcer la résilience des pays les plus exposés aux phénomènes météorologiques, hydrologiques et climatiques extrêmes.
Un contexte climatique préoccupant
Ces dernières années, le Tchad a enregistré une recrudescence des catastrophes hydrométéorologiques, telles que les inondations et les sécheresses, qui ont affecté les moyens de subsistance de près de 2,4 millions de personnes. Les sécheresses récurrentes ont gravement compromis la production agricole, un secteur vital qui emploie plus de 80 % de la population active et représente 21 % du PIB.
Doté d’un budget de 3,15 millions de dollars, ce projet (2019–2025) visait à renforcer les capacités nationales en matière de services climatiques, hydrométéorologiques et d’alerte précoce dans des secteurs et communautés cibles.
Piloté par le Programme de Prévention des Risques liés aux Catastrophes Naturelles (GFDRR) de la Banque mondiale, il a bénéficié d’un cofinancement de 1,5 million de dollars mis en œuvre par l’OMM, posant ainsi les bases d’un système d’alerte précoce intégré, moderne et centré sur les populations.
Le projet sera désormais étendu grâce à un financement du Fonds vert pour le climat (FVC).
Avant CREWS, les systèmes d’alerte précoce du Tchad se concentraient principalement sur le suivi de la sécheresse et de l’insécurité alimentaire. La prévision des inondations en était encore au stade pilote, et aucun mécanisme officiel n’existait pour les alertes aux phénomènes météorologiques violents.
Le projet a cherché à combler ces lacunes en apportant un soutien ciblé aux services nationaux de météorologie, hydrologie, protection civile et sécurité alimentaire, afin de traduire les avancées scientifiques en bénéfices concrets pour les communautés tchadiennes.
Renforcement institutionnel
Le projet CREWS Tchad a renforcé les capacités techniques et opérationnelles des services d’alerte précoce du Tchad, sous la direction de l’Agence Nationale de la Météorologie (ANAM), de la Direction des Ressources en Eau (DRE) et de l’Agence Nationale de la Protection Civile (DGPC). Il a permis d’élaborer des plans stratégiques ainsi que la feuille de route « Early Warnings for All » (EW4All).
La capacité opérationnelle renforcée de ces agences s’est illustrée par une coordination remarquable d’une douzaine de projets distincts, menés simultanément par divers partenaires, dont des organisations internationales et des banques de développement.
Observations
Des progrès significatifs ont été réalisés dans le réseau d’observation du Tchad. Dans le cadre du projet de Plan National d’Adaptation (PNA) du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) entre 2019 et 2023, un total de 70 stations météorologiques, 15 stations hydrologiques et 215 pluviomètres ont été acquis, améliorant considérablement la couverture observationnelle du pays. Cependant, le projet s’est achevé sans que ces stations ne soient connectées au Système d’Information de l’OMM (WIS).
Avec l’appui de CREWS, de NORCAP et du bureau régional de l’OMM pour l’Afrique, dans le cadre de la transformation numérique des services météorologiques et hydrologiques nationaux, l’ANAM a installé en octobre 2024 son propre nœud WIS2Box équipé d’un chargeur automatique de données (ADL). Cela a permis à l’agence de partager les données de 24 stations au niveau international toutes les heures, conformément aux exigences du Réseau Mondial de Base d’Observation (GBON) pour les observations de surface.
Les stations hydrologiques ont également été connectées à AGRHYMET pour améliorer la performance des modèles hydrologiques, et des stations hydrologiques virtuelles ont été créées, renforçant significativement la capacité de surveillance hydrologique.
Gestion des données
Le projet a rénové une salle d’archives et numérisé 80 % des enregistrements climatologiques historiques du Tchad. Ces données seront intégrées en 2026 dans un système de gestion climatique, conformément à la stratégie Open CDMS de l’OMM. Cette initiative permettra de comparer systématiquement les prévisions aux événements passés, améliorant ainsi l’analyse des impacts et l’aide à la décision.
Prévisions
Pour renforcer les capacités nationales de prévision et étendre les services d’alerte précoce, le projet a soutenu les études de conception d’un centre national de prévision, dont le financement est prévu dans le cadre d’un projet en cours de la Banque mondiale. Ce centre sera géré conjointement par l’ANAM et la DRE dans un avenir proche.
Des prévisions améliorées des tempêtes de sable et de poussière ont été fournies par le Centre régional spécialisé de Barcelone sur la poussière (SDS-WAS). En parallèle, des partenariats avec Météo-France et le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) ont permis de développer un nouvel outil de prévision sous-saisonnière (MISVA), permettant d’anticiper la variabilité intra-saisonnière jusqu’à six semaines à l’avance.
Une autre collaboration avec l’Organisation européenne pour l’exploitation des satellites météorologiques (EUMETSAT) et le service météorologique espagnol (AEMET) a permis le déploiement du nowcasting pour suivre les événements convectifs quelques heures avant leur survenue (en savoir plus sur le NWCSAF et le RDT).
Les prévisions d’inondations, produites par AGRHYMET et l’Institut suédois de météorologie et d’hydrologie (SMHI), contribuent à renforcer les systèmes nationaux de surveillance et d’alerte précoce contre les inondations (FANFAR). Ensemble, ces mesures ont élargi la portée, la qualité et l’utilité des prévisions au Tchad.
Prestation de services
Des progrès substantiels ont été réalisés dans les systèmes d’alerte précoce et de prestation de services au Tchad. Grâce à l’installation de son site web open source (ClimWeb), équipé du protocole d’alerte commune (CAP), l’agence a publié 248 bulletins d’alerte en 2025 (visibles sur le Système d’information sur les intempéries graves de l’OMM) et continue de s’étendre, le système étant actuellement évalué par Google Public Alert.
Des mécanismes de diffusion locale ont déjà été mis en place avec succès dans trois sites pilotes : Linia, Maïlaou-Tchendjou et Bongor, où près de 600 personnes ont été formées à la contribution, la diffusion et l’utilisation des informations météorologiques et climatiques pour optimiser la production agricole et prévenir les pertes liées aux aléas climatiques. Les retours des participants ont permis d’affiner les bulletins et les services pour mieux répondre aux besoins des populations locales. Dans ces sites pilotes, des accords ont été établis avec trois radios communautaires pour diffuser des bulletins localisés et des recommandations spécifiques
Cet article a été initialement publié en anglais par l'OMM. Veuillez consulter le site web de l'équipe des Nations Unies pour obtenir plus d'informations sur le travail de l'ONU au Tchad.