Un cours transformateur en matière de genre sur les personnes disparues au Liban renforce la non-répétition
Le premier cours libanais axé sur le genre consacré aux personnes disparues et victimes de disparition forcée s’appuie sur l’éducation pour préserver la mémoire, promouvoir la justice et autonomiser les nouvelles générations.
« Depuis 1983, nos pieds se sont usés à force de courir sans cesse après la moindre nouvelle. Je reste encore assise chez moi en pensant que la porte pourrait s’ouvrir à tout moment… Je lui embrasse les pieds s’il revient. Je n’ai jamais pu l’accepter, comme s’il était parti hier seulement. Je dis à mes enfants : je ne vous pardonnerai pas si je meurs et que vous ne cherchez pas votre frère », confie Muntaha Haidar, mère d’une personne disparue.
Pour Muntaha, la quête de vérité a été un parcours marqué par la perte et la persévérance. Son fils a disparu durant la guerre civile libanaise, laissant derrière lui des questions restées sans réponse. Des décennies plus tard, son histoire s’inscrit dans un nouvel effort collectif visant à maintenir la mémoire vivante. En tant que l’une des femmes ayant partagé son témoignage dans un nouveau cours en ligne sur les personnes disparues et victimes de disparition forcée, Muntaha évoque la douleur et l’endurance, rappelant aux apprenants que le devoir de mémoire est aussi un acte de justice.
À travers le Liban, des milliers de familles comme celle de Muntaha continuent d’attendre des réponses. Près de quarante ans après la fin de la guerre civile, le sort d’environ 17 000 personnes reste inconnu. Si la loi 105 de 2018 a institué la Commission nationale pour les personnes disparues et victimes de disparition forcée, de nombreuses familles et défenseurs estiment que la justice véritable passe aussi par la préservation de la mémoire collective et par l’appropriation de cette page de l’histoire par les nouvelles générations.
C’est là que l’éducation devient un pont entre mémoire et réforme.
L’éducation comme pont vers la justice
Le premier cours en ligne ouvert à tous (MOOC) du Liban consacré aux personnes disparues et victimes de disparition forcée, adopté sous un angle de genre, a été lancé en octobre 2025. Ce cours a été développé par SEEDS for Legal Initiatives et l’Université La Sagesse, en partenariat avec ONU Femmes et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), avec les contributions du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), et avec le soutien du Gouvernement du Canada. Il explore l’héritage des disparitions à travers une approche fondée sur les droits humains et le genre, reliant les luttes du passé aux responsabilités du présent.
À travers des conférences vidéo, des témoignages et des supports interactifs, le cours permet aux apprenants de comprendre comment les femmes — mères, partenaires, sœurs et filles — ont porté le fardeau émotionnel, social et économique des disparitions forcées, tout en menant le combat pour la vérité et la justice.
De la perte à l’apprentissage : éducation, empathie et dialogue
Avec l’appui des Nations Unies, cette initiative transforme la douleur en outil pédagogique et l’activisme en contenu académique. En tant que l’une des premières ressources universitaires au Liban sur le genre et la justice transitionnelle, elle fournit aux enseignants, aux étudiants et aux praticiens des outils pour analyser l’interaction entre disparition forcée, genre et droits humains — des thématiques longtemps absentes des programmes universitaires.
Depuis son lancement, le cours a suscité un vif intérêt auprès des étudiants et des acteurs de la société civile, avec des centaines d’inscriptions. Plusieurs universités envisagent de l’intégrer à leurs programmes ; l’Université La Sagesse l’utilise déjà comme référence clé dans son cursus en études juridiques.
Une étudiante ayant suivi le cours a expliqué qu’il avait transformé sa compréhension du passé du Liban et de l’histoire de sa propre famille. « En regardant les vidéos à la maison, mon père s’est assis à côté de moi et a écouté chaque mot », a-t-elle raconté. « C’est à ce moment-là que j’ai découvert que mon grand-père faisait partie des disparus — une histoire dont ma famille n’avait jamais parlé. »
Cet impact humain — le changement des attitudes, le renforcement de l’empathie et le rapprochement entre les générations — est ce qui rend le cours véritablement transformateur. Conçu pour encourager le dialogue entre universitaires et décideurs sur l’intégration de la justice transitionnelle dans l’éducation, il incite également les familles et les jeunes à parler de la mémoire et de la guérison à travers les générations. Pour les étudiants, le MOOC offre un espace sûr pour discuter des années de guerre et de leurs conséquences, un sujet rarement abordé ouvertement au Liban. Pour les familles des disparus, il constitue une reconnaissance du fait que leur lutte de plusieurs décennies n’est pas oubliée.
Le succès du cours reflète un engagement croissant à traiter l’héritage du conflit libanais à travers des approches inclusives et transformatrices en matière de genre. En faisant progresser le Programme Femmes, paix et sécurité comme outil de justice transitionnelle, le cours montre que les expériences et l’action des femmes sont centrales dans les processus de consolidation de la paix. Il offre également une ressource que les organisations de défense des droits des femmes et les acteurs de la paix communautaire peuvent utiliser pour former de jeunes médiateurs et militants communautaires sur les questions de mémoire, de dialogue et de redevabilité.
Vers une culture de vérité et de non-récurrence
L’initiative renforce la collaboration entre les institutions universitaires libanaises et la société civile, transformant les universités en espaces de réflexion et de changement social. À travers le partenariat entre SEEDS for Legal Initiatives et l’Université La Sagesse, le MOOC démontre comment des acteurs nationaux, soutenus par des entités des Nations Unies et des partenaires internationaux, peuvent mener des innovations en matière de justice transitionnelle et contribuer à un dialogue intergénérationnel sur le passé violent du Liban.
Au-delà de sa portée immédiate, ce cours pourrait influencer plus largement les efforts de réforme au Liban. À mesure que davantage d’éducateurs et de décideurs s’approprient son contenu, il pourrait influencer la manière dont l’histoire et l’éducation civique sont enseignées, aidant les générations futures à aborder les conflits libanais avec plus d’ouverture d'esprit et d’empathie.
Si l’éducation ne peut remplacer les réponses longtemps attendues, elle contribue à bâtir une mémoire nationale partagée qui honore les personnes disparues et renforce l’engagement en faveur de la justice et de la non-récurrence. En intégrant le devoir de mémoire dans les salles de classe, le MOOC garantit que les jeunes comprennent ces violations, éprouvent de l’empathie pour les familles affectées et œuvrent à prévenir la répétition de telles injustices.
Cette histoire a été co-rédigée par Mme Diana Assaf (ONU Femmes) et Mme Kawsar Fahs (PNUD), avec le soutien de Mme Nadine Abi Zeid Daou (BCR/UNIC Beyrouth). Les vidéos associées ont été produites par SEEDS for Legal Initiatives.
Le premier cours en ligne ouvert à tous du Liban sur les personnes disparues et victimes de disparition forcée n’aurait pas été possible sans le généreux soutien du Gouvernement du Canada, l’un des principaux donateurs du Liban. Depuis 2016, le Canada a contribué à hauteur de près de 540 millions de dollars au Liban, renforçant la protection, l’égalité des genres, la stabilité sociale, la sécurité alimentaire et la santé, entre autres secteurs. Le Canada est également un ardent défenseur des fonds communs, soutenant à la fois le Fonds humanitaire pour le Liban (LHF) et le Fonds de relèvement pour le Liban (LRF). De plus amples informations sur l’aide internationale au Liban sont disponibles dans les rapports de suivi de l’aide au Liban.
Cet article a été initialement publié par l’équipe des Nations Unies au Liban. Pour en savoir plus sur l’action de l’ONU au Liban, veuillez consulter le site web de l’équipe de pays des Nations Unies.