Les droits des femmes en Afrique : du discours à l’action
Chaque année, la Journée internationale des femmes nous offre l’occasion de réaffirmer nos engagements en faveur des droits des femmes et des filles.
Pourtant, l’opinion publique et les débats en ligne témoignent que la pleine réalisation de ces droits est encore loin d’être acquise. Les efforts déployés sur le terrain, dans la transformation des systèmes, des services et de la vie quotidienne — montrent qu’il y a des raisons d’espérer.
Les droits ne se renforcent pas uniquement par des déclarations.
Ils se renforcent lorsque les tribunaux appliquent la loi.
Lorsque les forces de police modifient leurs pratiques.
Lorsque les conseils changent la composition de leurs instances décisionnelles.
Lorsque les communautés préviennent les violences avant qu’elles ne surviennent.
Si vous pensez que ce changement n'est pas en train de prendre place, regardez ce qui se passe en Afrique.
À travers le continent, les Coordonnatrice.teur.s résident.e.s des Nations Unies et les équipes de pays collaborent étroitement avec les gouvernements, la société civile et les communautés pour faire passer les droits et les opportunités des femmes des engagements à la mise en œuvre concrète. Voici un aperçu des idées reçues déconstruites concernant les droits des femmes et des perspectives vers un monde plus égalitaire et plus juste.
Si vous pensez que les droits des femmes ne sont que des promesses sur le papier, regardez le Mali, le Lesotho et le Togo
Au Mali, l’ONU et le gouvernement travaillent pour réformer le secteur judiciaire. Dans le cadre de ces efforts, les cas de violences sexuelles ne peuvent plus être résolus par la médiation, une mesure essentielle pour garantir la sécurité et le bien-être des survivantes. Ces affaires doivent désormais être traitées par le système judiciaire formel, permettant ainsi aux survivantes d’obtenir une protection légale. Cela est essentiel : cela signifie aux victimes qu’elles ne sont pas seules, aux auteurs qu’il existe des conséquences, et réaffirme un principe fondamental : la violence à l’égard des femmes est un crime, et pas une affaire privée.
Au Lesotho et au Togo, les survivantes savent qu’elles ne sont pas seules face au système. Avec l’appui de l’ONU, des centres intégrés (« guichets uniques ») offrent des soins médicaux, un accompagnement psychosocial et une assistance juridique en un seul lieu sécurisé. Les survivantes n’ont plus à se déplacer de service en service : l’aide est organisée autour d’elles.
Si vous pensez que les droits des femmes n’atteignent pas les institutions de sécurité, regardez la République centrafricaine
Les forces armées disposent désormais d’une Direction du Genre au sein de l’institution militaire, avec l’appui d’ONU Femmes. Sa mission est d’intégrer les droits des femmes et leur protection dans les politiques militaires, la formation et les opérations quotidiennes. Un manuel de formation sur le genre et les droits humains, approuvé par le Ministre de la Défense, permettra de prévenir les violences basées sur le genre et de promouvoir une armée plus inclusive. Plus de 500 militaires et près de 200 acteurs du contrôle civil et parlementaire ont déjà été formés afin de renforcer la redevabilité.
Si vous pensez que la participation des femmes à la prise de décision ne compte pas pour la justice, regardez la Sierra Leone
La loi sur l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes impose qu’au moins 30 % des postes de direction dans le secteur public et privé soient occupés par des femmes. Cela transforme les instances de décision. Cela influence l’élaboration des budgets et des lois. Cela change les modèles auxquels les jeunes filles peuvent s’identifier.Avec l’appui d’ONU Femmes et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), et sous la direction du Coordonnateur résident, les conseils locaux sont formés pour mettre en œuvre cette loi. Cela a déjà permis une évolution significative de la gouvernance locale, avec davantage de femmes élues et une meilleure intégration des priorités sensibles au genre dans les politiques publiques.
Si vous pensez que les lois suffisent à elles seules à garantir le respect des droits, prenez exemple du Libéria, du Malawi et de l'Algérie
Au Libéria, après l’interdiction des mutilations génitales féminines, les efforts se sont poursuivis. Avec l’appui de l’équipe de pays des Nations Unies, des « écoles de la brousse » ont été fermées. Des centres communautaires offrent désormais des alternatives sûres pour les filles et des moyens de subsistance aux femmes qui, auparavant, dépendaient de ces pratiques.
Au Malawi, des espaces sécurisés au niveau communautaire, reliés à des mécanismes de protection et de justice, permettent d’identifier les filles en situation de risque et d’intervenir rapidement. La prévention s’inscrit ainsi dans le système, avec le soutien des Nations Unies. Grâce à l’appui de l’équipe de pays des Nations Unies, dirigée par le coordinateur résident et le PNUD, 72 femmes magistrates en Algérie ont bénéficié d’un accompagnement et d’une formation professionnelle, ce qui a permis de renforcer l’administration de la justice.
Si vous pensez que l’éducation aux droits ne produit pas de changements concrets, regardez ce qui se passe au Sénégal
Les Clubs de jeunes filles soutenus par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) sensibilisent à la santé sexuelle et reproductive et préviennent les violences basées sur le genre. Ils participent également à la planification et à l’élaboration des budgets au niveau local. Les agents de santé signalent une baisse significative des grossesses précoces depuis la création de ces clubs. Les droits sont exercés, et non simplement expliqués.
Si vous pensez que la paix et l'égalité des sexes sont incompatibles, inspirez-vous de l'exemple de Madagascar et de la Somalie
À Madagascar, les femmes participent désormais au « dina », un système traditionnel de résolution des conflits au sein de la communauté. Grâce à l'appui du Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix, sous la direction du Coordonnateur résident, de l'équipe des Nations Unies, du gouvernement et des communautés locales, les femmes dirigent désormais les comités locaux de paix et participent à la prise de décisions concernant la manière dont les conflits sont résolus.
En Somalie, des femmes engagées dans la consolidation de la paix contribuent à résoudre les différends grâce à la communication non violente, une méthode qui enseigne aux gens à écouter et à réagir sans hostilité. Avec l’appui de l'équipe des Nations Unies, notamment le PNUD, la Mission d'assistance des Nations Unies en Somalie (UNSOM) et l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), sous la direction du Coordonnateur résident, les responsables communautaires, les policiers et les juges règlent les conflits de manière plus pacifique et plus efficace.
Cet ensemble de données probantes montre que l’Afrique progresse dans la promotion de droits qui façonnent la vie quotidienne de toutes les femmes et de toutes les filles.
Le droit à la sécurité.
Le droit à la justice.
Le droit d’être entendue.
Le droit de diriger.
Le droit de vivre à l’abri de la violence.
Aucun pays n’a encore pleinement garanti les droits des femmes.
Mais les efforts se poursuivent.
Et l’Afrique avance, à sa manière.