Deux responsables éducatifs, Alka Kapoor et Vividh Gupta, transforment l’environnement d’apprentissage de leurs écoles à New Delhi
En Inde, les adolescents âgés de 10 à 19 ans représentent près de 20 % de la population, mais nombre d’entre eux sont confrontés à des problèmes sociaux ou de santé. Selon des données nationales, 59 % des filles indiennes souffrent d’anémie et un quart des jeunes filles sont mariées alors qu’elles sont encore enfants. Plus inquiétant encore : un adolescent sur quatorze souffre d’un trouble mental, dans un contexte de hausse des signalements des cas de violence domestique et de suicide d’apprenants.
Par ailleurs, les enfants handicapés dont les capacités sont différentes de celles leurs pairs se heurtent à des obstacles pour accéder à l’éducation, qu’il s’agisse d’infrastructures inadaptées, d’une pénurie d’enseignants formés ou de stigmatisation, ce qui entraîne souvent des taux d’inscription faibles et de mauvais résultats d’apprentissage pour ces catégories d’enfants.
Pour traiter ces problèmes de manière globale, l’UNESCO soutient actuellement le déploiement du School Health and Wellness Programme (programme pour la santé et le bien-être scolaire) dans les écoles d’Inde affiliées au Central Board of Secondary Education (CBSE, Conseil central de l’enseignement secondaire).
Transformer les environnements d’apprentissage
Le changement commence avec une simple idée et la détermination d’un groupe de personnes souhaitant travailler ensemble pour former une communauté et faire de cette idée une réalité. Aux côtés d’Alka Kapoor, Directrice de la Modern Public School, Vividh Gupta participe activement aux efforts déployés pour favoriser l’inclusion et l’empathie à l’école et dans le reste de la société, un travail rendu d’autant plus crucial par les problèmes auxquels font face les jeunes d’aujourd’hui. En collaboration avec le CBSE et le Conseil national de la recherche et de la formation pédagogiques (National Council of Educational Research and Training, NCERT), l’UNESCO forme les enseignants des écoles affiliées au CBSE pour qu’ils puissent parler avec leurs élèves de santé mentale et de bien-être émotionnel et aborder en classe des sujets sensibles tels que la violence fondée sur le genre, la santé reproductive et sexuelle, les grossesses précoces et l’utilisation des technologies.
Cette formation a pour ambition de fournir plus qu’un développement professionnel : elle constitue un cadre qui permet de construire des écoles dans lesquelles les apprenants réussissent leurs examens tout en s’épanouissant dans leur vie personnelle. Pour Alka Kapoor et Vividh Gupta, elle a marqué un tournant dans leur carrière de responsables éducatifs.
Alka Kapoor et Vividh Gupta, le leadership par l’exemple
Depuis le début de sa carrière il y a 25 ans de cela, Alka Kapoor dirige des établissements scolaires avec discipline, mais aussi compassion. Après avoir suivi la formation de l’UNESCO, elle s’est rendu compte que les pratiques qu’elle avait adoptées pouvaient être restructurées et partagées. Cela a renforcé son engagement de longue date en faveur de cadres d’apprentissages joyeux et inclusifs.
Inspirée par les connaissances et compétences qu’elle a acquises, elle a pris de nouvelles mesures dans son école : recrutement de personnes transgenres, adaptation de l’infrastructure aux enfants handicapés et mise à disposition d’enseignants accompagnants. Ces changements ont permis de sensibiliser le personnel administratif, les enseignants et les apprenants et ont créé un environnement d’apprentissage plus inclusif et mieux adapté aux besoins des élèves. Alka Kapoor indique que ce qui l’a le plus aidée dans la formation a été d’apprendre à gérer des situations extrêmes, notamment des cas liés à la loi relative à la protection des enfants contre les infractions sexuelles.
Vividh Gupta, qui fait partie d’une plus jeune génération de responsables éducatifs, dirige la Bal Bhavan Public School en accordant beaucoup d’importance à l’accessibilité, à l’empathie et à l’humilité. Il veille à ce que les apprenants handicapés reçoivent le soutien dont ils ont besoin et à ce que leurs pairs apprennent à être empathiques.
« Je ne souhaite pas entrer dans les livres d’histoire, j’espère juste être un bon exemple pour mes élèves », déclare Vividh Gupta. Cette phrase résume bien le mouvement d’ensemble actuellement à l’œuvre dans les établissements d’enseignement secondaire de New Delhi.
Un changement d’ampleur impulsé par les enseignants...
Les enseignements et les actions d’Alka Kapoor et de Vividh Gupta ont inspiré des enseignants et des apprenants et les ont poussés à promouvoir eux aussi l’inclusion à l’école.
Dans l’établissement d’Alka Kapoor, les enseignantes Sapna Charha et Naina Nagpal se sont portées volontaires pour suivre une formation sur les obstacles à l’apprentissage liés à la santé, notamment la violence fondée sur le genre, les infections sexuellement transmissibles et les grossesses précoces et non désirées. Grâce à cette formation, Sapna Charha a pu constater une augmentation marquée de l’utilisation des téléphones portables, tandis que Naina Nagpal s’est appuyée sur son expérience personnelle en tant que mère de deux filles pour créer des quizz amusants qui l’aident à parler à ses élèves des infections au VIH et des fluides corporels.
Anju Mehendiratta, une des enseignantes de l’établissement dirigé par Vividh Gupta, a quant à elle créé des groupes de discussion sur la puberté et le développement personnel après avoir discuté avec son fils. Lors d’une session organisée sur le thème des menstruations, ce sont les garçons qui ont répondu à la plupart des questions, un fait remarquable dans un pays où le sujet est souvent passé sous silence.
Ces initiatives ont aidé les apprenants à se sentir suffisamment en confiance pour poser des questions et parler librement de sujets autrefois considérés comme tabous, ce qui représente un changement de culture majeur pour ces deux établissements. Elles montrent aussi les capacités des enseignants, qui, une fois formés, sont en mesure d’enseigner et d’aborder avec confiance des sujets qui, s’ils ne sont pas traités, peuvent poser des risques pour la santé et mettre en péril la scolarité de leurs élèves.
... et les apprenants eux-mêmes
À Mayur Vihar, dans la périphérie de New Delhi, Lakhsita, une apprenante en 8e année (dernière année de primaire), a souffert de l’isolement causé par la pandémie de COVID19. Elle aide aujourd’hui ses pairs à comprendre l’importance de la santé mentale et d’une bonne nutrition. Yuvraj, un apprenant en 10e année (deuxième année de secondaire), organise des ateliers de sensibilisation aux technologies pour prévenir les risques liés à l’addiction au téléphone portable.
Alka Kapoor et Vividh Gupta pensent tous les deux que l’éducation va au-delà des matières scolaires. Pour Alka Kapoor, le but de son métier est de créer un environnement sûr et joyeux dans lequel chaque enfant se sent écouté et valorisé. Pour Vividh Gupta, l’important est d’être un modèle d’intégrité et d’empathie plutôt que de courir après la reconnaissance. Ensemble, ils sont la preuve qu’un petit changement amené par de nouvelles idées et un style de leadership différent peut entraîner une transformation culturelle et favoriser l’inclusion aussi bien à l’école que dans le reste de la société.
Depuis 2022, l’UNESCO soutient les efforts déployés en Inde dans le cadre du School Health and Wellness Programme, qui vise à fournir une éducation pour la santé à 15 millions d’adolescents âgés de 10 à 19 ans dans 30 000 établissements scolaires affiliés au CBSE et à leur transmettre des compétences de la vie courante essentielles. L’Organisation, en collaboration avec le Conseil national de la recherche et de la formation pédagogiques, a ainsi organisé des ateliers de renforcement des capacités pour 959 formateurs, qui ont, à leur tour, formé 45 664 enseignants dans le cadre de leur formation professionnelle continue. À ce jour, le programme a bénéficié à 3,9 millions de jeunes apprenants dans près de 11 019 établissements scolaires indiens.
Cet article a été initialement rédigé par UNESCO.