Trois femmes en Jamaïque reconstruisent leur vie après l'ouragan Melissa
Rose* n'aurait jamais imaginé revenir à l'endroit où se trouvait autrefois sa maison pour y trouver le vide. Juste avant que l'ouragan Melissa ne touche la Jamaïque, elle est partie avec ses deux enfants chez un ami qui habitait une maison en dur afin de se mettre en sécurité. Lorsqu'ils sont revenus le lendemain matin, tout avait disparu.
« La maison n'était plus là », dit-elle. « Il n’y avait plus rien, juste une poutre en bois. »
Des quartiers entiers ont été rayés de la carte. Les écoles ont été utilisées comme refuge très rapidement, transformant les salles de classe en logements temporaires. Les routes ont disparu sous les eaux et les services de base ont été interrompus dans une grande partie de l'île. Des dizaines de zones ont été coupées du monde pendant plusieurs jours, et l'électricité n'est toujours pas entièrement rétablie. Des milliers de personnes vivent encore dans des refuges, conscientes qu'elles devront bientôt tout reconstruire à partir de rien.
Parmi elles se trouvent Rose, Sharon et Sonia, trois mères dont la vie a basculé du jour au lendemain.
Lorsque l'ouragan Melissa a frappé l'ouest de la Jamaïque fin octobre 2025, il a bouleversé la vie quotidienne des habitants de toute la région. La tempête a causé de graves dégâts dans sept paroisses de l’ouest, où environ 36 % des habitations ont été endommagées ou détruites. Près de 500 000 personnes se sont retrouvées dans des conditions précaires et de profonde incertitude.
Pendant neuf ans, Rose a vécu dans sa petite maison en bois, qu’on lui avait donnée et qui était devenue le refuge de sa famille. Aujourd'hui, à l’endroit où elle avait été construite, il ne reste que de la terre et des débris éparpillés. « J'ai la clé de la maison, mais je n'ai plus de maison », dit-elle.
Quand elle est revenue sur place après la tempête, une odeur de boue et d'excréments d'animaux saturait l'air. Elle a retrouvé son réservoir d'eau, cassé, à l'envers, projeté loin de là où se trouvait autrefois sa cuisine. Seules les fondations étaient toujours là. Ils n'avaient rien pu emmener, pas même les vêtements de ses enfants.
Au refuge, elle regarde son fils et sa fille qui tentent de se soutenir dans ce moment difficile. « C'est très douloureux de les voir souffrir autant. Ils pleurent, et quand ils pleurent, je pleure aussi », dit-elle.
Avant la tempête, Rose travaillait pour une agence de croisières à Negril. Son fils était photographe dans un hôtel. Tous deux ont perdu leur emploi lorsque l'industrie touristique s’est retrouvée à l’arrêt. « Je n'ai pas les moyens de reconstruire », dit-elle. « Et je n'ai nulle part où aller. »
Quelques salles de classe plus loin, Sharon* est confrontée à une réalité similaire. Elle est arrivée au refuge avec ses deux jeunes enfants le jour même où sa maison et celle de son père se sont effondrées. Avant la tempête, elle travaillait comme superviseure dans une station-service. Aujourd'hui, son lieu de travail est fermé pour une durée indéterminée.
« Mes enfants n’ont que moi », dit-elle. « Parfois, ma fille me dit : « Maman, je veux rentrer à la maison. » Je ne sais pas quoi répondre. Je lui dis simplement : « Bientôt. » »
Ses enfants dorment sur des bureaux, dans une pièce bondée où il fait très chaud. Elle craint qu'ils ne tombent malades ou ne se blessent. Elle sait que cet espace n’est pas conçu pour accueillir des familles, mais ils n'ont pas d'autre choix.
Entre les rangées de bureaux et les lits de fortune, les familles s'entraident à leur manière. Elles partagent ce qu'elles peuvent : un repas, une couverture, quelques mots de réconfort. Au milieu de l'incertitude, ces petits gestes créent un fragile sentiment de connexion.
Dans l'ouest de la Jamaïque, des milliers de familles vivent toujours dans l'incertitude.
Plus de 1 100 personnes sont toujours hébergées dans 88 refuges et environ 120 000 foyers ont besoin de réparations urgentes après le passage de l'ouragan Melissa qui a ravagé cette partie de l'île, emportant avec lui les maisons et laissant des communautés entières exposées à la pluie. L'accès aux zones isolées a été lent et difficile pour les services d’aide, et de nombreuses familles ont passé plusieurs jours sans savoir quand les secours arriveraient.
Depuis les premiers jours de cette crise, les équipes de l'OIM sont sur le terrain pour soutenir le gouvernement jamaïcain et les missions plus larges des Nations unies. Le personnel et les partenaires fournissent des bâches, du matériel de réparation des abris, des kits d'hygiène, des générateurs et d'autres produits de première nécessité aux familles dont les maisons ont été endommagées ou détruites. Des hélicoptères ont permis d'atteindre les communautés coupées du monde et les distributions se poursuivent à mesure que de nouvelles fournitures arrivent par voie aérienne et maritime. Malgré cela, vu l'ampleur des dégâts, les besoins restent bien supérieurs aux ressources disponibles.
Face à ces difficultés, Sonia affronte les conséquences de la tempête avec un bébé dans les bras. Elle est arrivée au refuge avec son petit-fils, qui souffre d'une maladie cardiaque, fuyant les vagues qui se rapprochaient dangereusement de sa maison située en bord de mer.
« Je ne sais pas nager, alors je l'ai attrapé et j'ai couru », raconte-t-elle.
Avec l’arrivée des vents violents, sa maison a disparu, complètement rasée. « Tout a été emporté », dit-elle. « Je n'ai plus nulle part où vivre. » Sa préoccupation principale désormais, est de conserver au frais les médicaments de son petit-fils, en utilisant des morceaux de glace dès qu'elle le peut, car le liquide doit être réfrigéré. « Quand je ne trouve pas de glace, je le laisse simplement dans de l'eau froide », explique-t-elle.
Pour des femmes comme Sonia, Rose et Sharon, chaque jour est une épreuve d'endurance et de solidarité. Elles ont perdu leur maison, mais le soutien de leur communauté les aide à aller de l'avant. Leurs vies, autrefois très éloignées les unes des autres, sont désormais liées par la perte, l'incertitude et le lent processus de reconstruction.
« J'aimerais juste pouvoir retrouver ma maison », dit Rose. « J'aimerais pouvoir retourner là-bas et la retrouver debout, comme par miracle. »
Pour l'instant, survivre à tout cela est déjà un miracle en soi. Le reste viendra, étape par étape.
*Les noms ont été modifiés afin de protéger l'identité des personnes concernées.
Cet article a été initialement publié sur le site web de l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM). Pour en savoir plus sur le travail des Nations Unies en Jamaïque, veuillez consulter jamaica.un.org