La recette d’un nouveau départ en Géorgie pour une mère célibataire
Ozurgeti, Géorgie – Au cœur d’Ozurgeti, l’odeur de gâteaux fraîchement cuits emplit l’air d’un petit café niché dans une rue calme. Derrière le comptoir, Lika, 35 ans, mère célibataire de deux enfants, se déplace avec assurance et détermination. Elle vient de terminer la préparation de neuf gâteaux raffinés pour un mariage, chacun étant une véritable œuvre de soin, de couleur et de créativité. Lorsqu’elle s’accorde un moment de repos, un air de satisfaction adoucit son visage. Il y a seulement quelques années, sa vie était méconnaissable.
À l’époque, Lika n’avait ni revenu stable, ni logement à elle, ni perspective claire d’avenir. Les difficultés liées au fait d’élever seule ses enfants pesaient lourdement sur ses épaules, et l’espoir semblait hors de portée.
« Je n’aurais jamais imaginé devoir laisser mes enfants », se souvient-elle. « Je cumulais plusieurs emplois, mais ce n’était jamais suffisant pour joindre les deux bouts. »
Pour Lika, la migration est devenue un choix désespéré plutôt qu’un rêve. Comme d’innombrables femmes qui luttent pour subvenir aux besoins de leur famille, elle a pris la décision douloureuse de confier ses deux jeunes enfants à sa grand-mère et de partir en Grèce à la recherche de meilleures opportunités.
La vie à l’étranger s’est toutefois révélée bien plus difficile qu’elle ne l’avait imaginé. La barrière de la langue, la culture inconnue et l’inquiétude constante pour ses enfants l’ont épuisée. Pendant près d’un an, elle a travaillé comme aide-soignante résidente auprès d’un couple âgé en situation de handicap. Le travail était éprouvant, tant physiquement que émotionnellement, mais elle a persévéré. Chaque soir, elle se promettait que ses sacrifices finiraient par porter leurs fruits.
Un jour, en discutant avec des amis, Lika a entendu parler du programme d’aide au retour volontaire et à la réintégration (ARVR) de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM). Cette initiative aide les migrants souhaitant rentrer chez eux en toute sécurité et reconstruire leur vie dans la dignité. Intriguée, elle a postulé, n’osant pas trop espérer.
« Je n’oublierai jamais le moment où j’ai reçu l’appel m’annonçant que j’étais éligible à une subvention de réintégration », raconte-t-elle. « J’ai pleuré en réalisant que je ne rentrerais pas les mains vides. »
Le retour en Géorgie a marqué le début d’un nouveau chapitre. Lika a décidé d’investir la subvention dans quelque chose qui lui tenait à cœur : la pâtisserie. Dès son plus jeune âge, elle trouvait du plaisir en cuisine, aidant souvent sa sœur à préparer des pâtisseries pour les réunions familiales. Elle y voit désormais l’occasion de transformer cette passion en moyen de subsistance.
Grâce à la subvention, elle a acheté du matériel de boulangerie professionnel – un réfrigérateur, un mixeur, un micro-ondes et un four électrique – et a transformé son petit appartement en une boulangerie à domicile. Au début, elle vendait des gâteaux à ses amis et voisins. Très vite, sa réputation s’est répandue et les commandes ont afflué.
À mesure que sa confiance grandissait, ses ambitions augmentaient aussi. En utilisant ses économies, Lika a décidé d’ouvrir son propre café. Elle a trouvé un ancien local délabré dans son quartier et, avec l’aide de ses amis et voisins, lui a redonné vie. Ensemble, ils ont peint les murs, construit des étagères et assemblé des meubles. Le jour où elle a ouvert les portes de Another Café, elle a ressenti quelque chose qu’elle n’avait pas éprouvé depuis des années : de la fierté.
« Ce soutien m’a redonné de l’espoir lorsque j’étais la plus vulnérable », confie Lika. « J’ai compris que je n’étais pas seule, et cela m’a donné la force de poursuivre des rêves que je n’aurais jamais cru possibles. »
Le programme ARVR, mis en œuvre par l’OIM Géorgie, incarne l’esprit de seconde chance qui définit l’histoire de Lika. Il offre aux personnes la possibilité de rentrer chez elles en toute sécurité, dans la dignité, et de reconstruire leur vie avec les outils et le soutien nécessaires. Depuis 2017, près de 7 000 femmes sont rentrées de Grèce grâce à l’assistance de l’OIM Géorgie. La plupart d’elles, comme Lika, reconstruisent leur vie tout en créant des opportunités qui renforcent leurs familles et leurs communautés.
Aujourd’hui, le café de Lika est un lieu chaleureux et animé, rempli de rires, du murmure des conversations et de l’arôme réconfortant du café et des pâtisseries fraîches. À travers son travail, Lika espère encourager d’autres femmes confrontées à des situations similaires à continuer d’avancer et à faire confiance en leurs propres capacités.
Alors que la lumière de l’après-midi filtre à travers les fenêtres du café, Lika place le dernier gâteau en vitrine — une création élégante recouverte de glaçage. C’est pour un mariage, une célébration des nouveaux départs — et un rappel discret que, tout comme ses gâteaux, la vie peut aussi magnifiquement lever après avoir été refaite à partir de zéro.
Le retour et la réintégration de Lika ont été soutenus par la République hellénique dans le cadre du Fonds « Asile, migration et intégration » (FAMI), avec un cofinancement de l’Union européenne.
Cet article a été initialement publié sur le site web de l'OIM. Pour en savoir plus sur le travail de l'ONU en Géorgie, consultez georgia.un.org.