Les Volontaires des Nations Unies au Gabon : préserver les savoirs traditionnels des communautés avant qu'ils ne disparaissent
Ce dont la forêt se souvient
À l'aube, une pirogue à moteur fend les eaux du lac Onangué, serpentant entre les îles et les étroits bras d'eau des zones humides du Bas-Ogooué, au Gabon. Une forêt tropicale dense s'élève directement depuis les rives. Certains villages ne sont accessibles que par voie d'eau. Dans de nombreux endroits, le réseau de téléphonie mobile est inexistant et les routes reliant les communautés au reste du pays sont rares.
Pour Roger Nguema, ces déplacements font partie du quotidien. À 60 ans, il est Volontaire des Nations Unies et collecteur des savoirs écologiques traditionnels dans le cadre du programme PNUD-FEM7 (Programme des Nations Unies pour le développement – Fonds pour l'environnement mondial).
Après avoir pris sa retraite, Roger a choisi de s'engager comme volontaire auprès de sa communauté. Il se rend désormais dans les villages autour du lac Onangué pour recueillir les savoirs écologiques traditionnels, c'est-à-dire les pratiques, les observations et les coutumes qui ont permis aux populations de vivre aux côtés du lac et des forêts environnantes depuis des générations.
Tout commence par des échanges. Or ces échanges ne sont pas toujours faciles.
« Les gens hésitent souvent à transmettre leurs connaissances », explique Roger.
Ces savoirs n'ont, pour la plupart, jamais été consignés par écrit. Ils se transmettent de génération en génération, des parents aux enfants et des personnes âgées aux plus jeunes, grâce à l'observation, aux récits et à l'expérience. Certaines techniques de pêche, certains repères saisonniers et certaines pratiques de gestion des ressources ne sont encore transmis qu'au sein de certaines familles ou communautés.
Pour beaucoup, partager ces connaissances suppose d'établir une relation de confiance. Cela implique aussi de comprendre ce qui est en jeu. Autour du lac Onangué, la forêt est bien plus qu'un simple paysage. Pour de nombreux peuples autochtones et communautés locales, elle revêt une profonde dimension culturelle et spirituelle. Certains lieux sont abordés avec un profond respect, certaines ressources ne peuvent être utilisées qu'au cours de rituels et certains matériaux ne sont jamais prélevés après le coucher du soleil. Ces règles ne sont inscrites dans aucun texte : elles se perpétuent par la mémoire et la pratique.
Depuis plusieurs mois, Roger documente ces liens entre les populations et leur environnement. À ce jour, il a recensé vingt pratiques écologiques traditionnelles liées à la pêche durable, ainsi que cinq techniques utilisées par les communautés Fang et Galoa pour fabriquer des outils de pêche à partir de matériaux locaux. Chacune d'elles est le fruit de générations d'observations. Chacune risque de disparaître si elle n'est pas transmise.
Au cours de plusieurs rencontres, le chef du village présente à Roger Nguema des techniques traditionnelles de fabrication de cordages lors d'une visite sur une île près de Lambaréné. Fabriquées à partir de fibres végétales locales, ces cordes sont utilisées depuis longtemps pour confectionner des filets de pêche et d'autres objets du quotidien.
La préservation de la nature commence par les populations
Le Gabon abrite l'un des plus vastes massifs de forêts tropicales encore préservés au monde. Plus de 88 % du territoire national est couvert de forêts, qui constituent l'habitat d'une biodiversité exceptionnelle, notamment des éléphants de forêt, des grands singes et d'innombrables espèces végétales.
La protection de ces écosystèmes est au cœur du programme du PNUD-FEM7 Transformation de la gouvernance des paysages forestiers dans le corridor Bas Ogooué-Basse Nyanga. Mais ce programme reconnaît que la préservation de la nature ne concerne pas uniquement les forêts et la faune sauvage. Elle concerne aussi les populations qui vivent au sein de ces écosystèmes depuis des générations.
Dans 17 communautés rurales, 22 Volontaires des Nations Unies auprès des communautés travaillent avec les peuples autochtones et les communautés locales afin de documenter les savoirs écologiques traditionnels, de soutenir les initiatives locales et de veiller à ce que les communautés soient pleinement associées à la gestion des ressources naturelles. Ensemble, ils ont directement touché plus de 1 000 personnes et bénéficié indirectement à environ 10 000 autres, sur plus de 50 000 hectares de paysages forestiers.
Pour des volontaires comme Roger, il s'agit avant tout de faire en sorte que les savoirs locaux soient pleinement pris en compte dans les réflexions sur l'avenir de ces paysages.
Apprendre à écouter
À plusieurs centaines de kilomètres de là, à Ikobey, Lauriana Ndombi poursuit le même objectif. À 29 ans, elle est Volontaire des Nations Unies et chargée de la collecte des savoirs écologiques traditionnels auprès des peuples autochtones et des communautés locales dans le cadre du programme PNUD-FEM7. Son quotidien est rythmé par des entretiens, l'animation de discussions de groupe et la collecte de savoirs locaux sur les ressources naturelles et les moyens de subsistance.
Son travail l'amène souvent dans des villages reculés, où la vie quotidienne est marquée par l'éloignement et l'isolement. Pendant la saison des pluies, les routes deviennent difficilement praticables. Les moyens de transport sont limités. Certaines communautés ne disposent d'aucun réseau de téléphonie mobile.
« Les gens ont le sentiment d'avoir été abandonnés », explique Lauriana. « Lorsque les communautés sont isolées depuis longtemps, la confiance ne s'installe pas du jour au lendemain. »
Cette réalité influence tous les aspects de son travail. Certaines personnes se montrent prudentes face aux personnes extérieures à leur communauté. D'autres hésitent à parler de leurs difficultés ou à partager des connaissances transmises au sein de leur communauté depuis des générations.
« Il faut parfois écouter longtemps avant de poser la véritable question », explique-t-elle. « Les gens veulent savoir qui vous êtes, pourquoi vous êtes là et si vous reviendrez. »
Plutôt que de précipiter les échanges, Lauriana travaille en étroite collaboration avec les chefs de village, les responsables communautaires et les représentants locaux. Les relations de confiance viennent d'abord. Les informations suivent ensuite.
Son expérience de volontariat met en lumière un enseignement essentiel en matière de préservation de la nature : les communautés sont souvent les premières gardiennes de la biodiversité. Leur connaissance des écosystèmes locaux, des espèces et des ressources naturelles est le fruit de générations d'interactions avec leur environnement.
Au cours de plusieurs rencontres, Lauriana Ndombi échange avec le chef autochtone d'Ikobey, qui partage ses connaissances traditionnelles sur les plantes de la forêt sacrée environnante et leurs usages par les communautés locales. Lauriana s'entretient également avec des femmes d'Ikobey afin de documenter les savoirs et les pratiques qui contribuent à préserver leur patrimoine écologique.
Aller plus loin
Les savoirs que Roger et Lauriana contribuent à documenter ne concernent pas uniquement la préservation de la nature. Ils témoignent aussi de la manière dont les populations dépendent de ces écosystèmes pour faire vivre leur famille. Dans les zones rurales du Gabon, les forêts, les rivières et les terres agricoles constituent des sources essentielles d'alimentation, de revenus et de sécurité. Les échanges sur la biodiversité conduisent souvent naturellement à des discussions sur les perspectives économiques.
À Ikobey, Lauriana a accompagné la création d'une coopérative de canne à sucre réunissant une vingtaine de membres de la communauté. Cette initiative transforme et commercialise des produits issus de la canne à sucre, créant ainsi une source de revenus supplémentaire pour les ménages participants. Les revenus générés permettent aux familles de couvrir leurs dépenses quotidiennes, notamment les frais de santé et les fournitures scolaires.
« Les communautés disposent déjà de connaissances, d'idées et de solutions », souligne Lauriana. « Ce dont elles ont souvent besoin, c'est d'un accompagnement pour transformer ces idées en opportunités capables d'améliorer leur quotidien. »
Dans l'ensemble du corridor Bas Ogooué-Basse Nyanga, les volontaires ont contribué à documenter des savoirs traditionnels portant aussi bien sur les plantes médicinales et les sites sacrés que sur les pratiques agricoles, les traditions saisonnières ou encore les méthodes de gestion des ressources.
Dans certaines communautés, des dizaines d'éléments du patrimoine culturel et écologique ont déjà été recensés et documentés. Pour Lauriana, ces initiatives montrent à quel point la préservation de la nature et le développement sont étroitement liés.
Cette histoire a été initialement publiée par le programme des Volontaires des Nations Unies. Veuillez consulter le site web de l'équipe des Nations Unies au Gabon pour plus d'informations sur le travail des Nations Unies dans le pays.