Construire la paix dans l’est du Tchad
Les Volontaires des Nations Unies donnent la parole aux réfugiés et aux habitants à travers des échanges et des enquêtes
L’est du Tchad accueille un nombre croissant de personnes fuyant la guerre au Soudan voisin. En avril 2026, plus de 1,3 million de réfugiés soudanais vivaient au Tchad, selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés et le Programme alimentaire mondial.
Beaucoup partagent désormais l’accès à l’eau, aux terres agricoles et aux services publics avec des familles tchadiennes qui étaient déjà confrontées à des pénuries. Dans ce contexte, être à l’écoute des populations est essentiel, que ce soit face à des tensions entre voisins ou lorsqu’une aide n’est pas arrivée comme prévu.
Les Volontaires des Nations Unies, Luc Mbaidanoum et Boh Ouaga vont à la rencontre des communautés, recueillent leurs préoccupations et contribuent à ce qu’elles soient prises en compte.
Quand le dialogue devient tendu
Lors d’une séance de dialogue à Guéréda, les participants ont commencé à débattre de la répartition de l’aide entre les réfugiés, les rapatriés et les communautés locales. Certains estimaient que certains groupes bénéficiaient d’un soutien plus important que d’autres. La frustration est montée et la discussion risquait de se transformer en confrontation.
Luc a alors interrompu temporairement les échanges. Il a écouté les préoccupations exprimées, reformulé les propos des participants et rappelé à chacun l’importance de s’exprimer dans le respect des autres.
« J’ai dû interrompre la discussion pour apaiser les tensions et rappeler à chacun l’importance du respect mutuel », se souvient-il.
D’août 2025 à août 2026, Luc a travaillé comme Volontaire des Nations Unies en tant que spécialiste de la médiation communautaire auprès du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Basé à Guéréda, il intervenait dans les provinces du Ouaddaï, du Sila et du Wadi Fira.
Il organisait des séances de dialogue et accompagnait des comités locaux pour la paix, qui aidaient les populations à régler leurs différends sans recourir à la violence. Une grande partie des situations soumises à ces comités concernait l’accès à l’eau et aux terres agricoles. Les comités intervenaient également dans des cas de vols et d’autres différends.
L’eau est rare. Les terres disponibles sont limitées. Les écoles, les centres de santé et les autres services publics sont soumis à une forte pression. Dans l’est du Tchad, les réfugiés, les rapatriés et les communautés locales dépendent souvent des mêmes ressources. Lorsque celles-ci ne suffisent plus à répondre aux besoins, les frustrations peuvent rapidement s’installer. Les tensions peuvent encore s’accentuer lorsque certaines familles ont le sentiment que d’autres ont bénéficié d’une aide dont elles-mêmes n’ont pas bénéficié.
Luc ne pouvait pas promettre davantage d’eau ou de terres, ni garantir une aide plus rapide. En revanche, il pouvait créer un espace où chacun avait la possibilité de s’exprimer et d’être entendu. Il écoutait les membres des communautés faire part de leurs griefs, poser des questions difficiles et exprimer leurs inquiétudes. Son rôle n’était pas d’apporter des solutions immédiates, mais de maintenir le dialogue lorsque les désaccords menaçaient de l’interrompre, en aidant les personnes à passer de la confrontation à la compréhension.
« Voir des réfugiés, des rapatriés dans leur région d’origine, et des habitants s’asseoir ensemble et échanger, même lorsqu’ils ne sont pas d’accord, reste l’un des moments les plus marquants de ma mission », confie-t-il.
Luc espérait que les comités locaux de paix continueraient à aider les populations à résoudre leurs différends après la fin du projet.
Lacina Barro est Coordinatrice de projet au PNUD Tchad. Elle souligne :
« Luc travaille en étroite collaboration avec les réfugiés, les rapatriés et les populations locales du Wadi Fira. Il est à l’écoute de leurs préoccupations, rassemble les personnes et les aide à régler leurs différends par le dialogue. Son attitude calme et son expertise en matière de médiation sont précieux pour notre travail. »
Vérifier ce que les familles ont réellement reçu
L’écoute reste tout aussi importante une fois l’aide distribuée. Boh Ouaga est Volontaire des Nations Unies en tant que chargé du suivi et de l’évaluation auprès du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à Abéché. Depuis décembre 2024, il se rend sur les sites des projets, analyse les données et échange avec les bénéficiaires afin de vérifier que l’aide est bien parvenue aux familles auxquelles elle était destinée.
À la suite d’une distribution d’articles ménagers essentiels, Boh a mené une enquête afin de déterminer ce que les familles avaient effectivement reçu et si les articles distribués répondaient à leurs besoins. L’enquête a montré que la plupart des ménages avaient reçu l’aide prévue. Le taux de satisfaction global atteignait 80 %, et les bénéficiaires ont indiqué utiliser les articles conformément à leur usage prévu.
Les résultats ont également mis en évidence certaines difficultés. Des familles ont estimé que les quantités distribuées étaient insuffisantes. D’autres ont signalé des retards ou des difficultés pour se rendre jusqu’aux points de distribution.
Ces constats ont permis d’identifier les ajustements nécessaires pour les prochaines distributions, notamment concernant les lieux de distribution de l’aide, les modalités de sélection des bénéficiaires et les quantités distribuées.
« Les données nous permettent de comprendre ce qui a fonctionné, ce qui n’a pas fonctionné et ce qui doit être amélioré », explique Boh.
Dans le camp d’Oure Cassoni, une mère raconte comment cette aide a soutenu sa famille.
« Grâce au kit d’urgence, nos familles disposent désormais d’ustensiles pour préparer les repas, d’une natte pour se reposer et d’une couverture pour se protéger du froid », explique-t-elle. « Sans cette aide, il aurait été extrêmement difficile de répondre à nos besoins essentiels. »
Elle était reconnaissante du soutien reçu par sa famille. Mais elle a également évoqué ses voisins qui attendaient toujours de recevoir une aide et craignaient d’être laissés de côté.
Pour Boh, c’est précisément pour cette raison que les chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. Un taux de satisfaction de 80 % peut sembler encourageant sur le papier, mais aller à la rencontre des populations permet de découvrir les espoirs, les frustrations et les questions restées sans réponse qui se cachent derrière cette statistique.
Écouter pour mieux agir
Le rôle de Luc consistait à maintenir le dialogue lorsque les échanges devenaient difficiles. Celui de Boh était de recueillir des retours sincères afin d’améliorer les prochaines distributions et de les rendre plus équitables et plus efficaces.
Leurs missions sont différentes, mais elles partent d’un même principe : l’écoute. Une écoute attentive, qui permet à chacun de se sentir véritablement entendu. Un voisin frustré, un parent inquiet, une famille qui attend toujours de recevoir une aide : chaque échange permet de mieux comprendre ce qui fonctionne, ce qui doit être amélioré et les prochaines mesures à prendre.
L’engagement des Volontaires des Nations Unies nous rappelle que la paix peut aussi naître de moments plus discrets : lorsqu’une personne a la possibilité de faire entendre une préoccupation, lorsqu’une autre prend le temps de l’écouter et lorsque chacun constate que sa voix peut contribuer à façonner la suite.
Cette histoire a été initialement publiée par le programme des Volontaires des Nations Unies. Veuillez consulter le site web de l'équipe des Nations Unies au Tchad pour plus d'informations sur le travail des Nations Unies dans le pays.