Comment le Cameroun met en œuvre des transformations concrètes et à grande échelle des systèmes alimentaires
Il y a cinq ans, le Cameroun a pris un engagement sur le papier. Aujourd’hui, il le concrétise sur le terrain, et la communauté internationale en prend note. De la stratégie à la mise en œuvre, le Cameroun démontre comment le leadership, le financement et la coordination peuvent impulser une transformation des systèmes alimentaires à grande échelle.
Lorsque le Cameroun a adopté sa Feuille de route nationale pour la transition des systèmes alimentaires en 2021, il a rejoint de nombreux pays issus du Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires, porteurs de plans ambitieux mais avec peu de visibilité quant à leur mise en œuvre. Ce qui distingue le Cameroun ne réside pas dans l’ambition de sa feuille de route, mais dans ce qui a suivi.
Depuis, le pays a réussi là où de nombreux cadres de développement peinent à avancer : transformer l’engagement politique en institutions opérationnelles, ces institutions en programmes coordonnés, et ces programmes en investissements concrets. Le résultat est un modèle qui attire déjà l’attention et les financements de partenaires internationaux.
Grace Mbong, Secrétaire permanente au Ministère de l’Agriculture et du Développement rural, a été désignée Coordinatrice nationale pour la transformation des systèmes alimentaires, avec pour mandat de réunir les ministères autour d’une même table et de maintenir cette coordination dans la durée.
Comme elle le souligne : « Ensemble, on peut déplacer une montagne. »
Sous sa coordination, des points focaux sur les systèmes alimentaires ont été établis dans cinq ministères, et une plateforme de gouvernance interministérielle a permis de mettre en place une véritable infrastructure de suivi à l’échelle de l’ensemble du gouvernement. À noter que les priorités liées aux systèmes alimentaires ont été directement intégrées dans la Stratégie nationale de développement du Cameroun (SND30), renforçant leur visibilité politique jusqu’au niveau du Bureau du Premier Ministre.
Il ne s’agissait pas d’un exercice formel, mais de la mise en place d’une architecture institutionnelle structurante, rendant possibles toutes les actions ultérieures.
Climat, alimentation et nature : des agendas convergents
Pendant trop longtemps, la sécurité alimentaire, l’action climatique et la biodiversité ont été traitées comme des domaines distincts, chacun avec ses propres silos, sommets et sources de financement. Le Cameroun a fait le choix de faire converger ces agendas.
En collaboration avec le Pôle de coordination des Nations Unies des systèmes alimentaires, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme alimentaire mondial (PAM), le Fonds international de développement agricole (FIDA), l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ) et le Bureau du Coordonnateur résident des Nations Unies, avec l’appui du Gouvernement des Pays-Bas, le Cameroun a lancé une Initiative de convergence intégrant les systèmes alimentaires, le climat, la biodiversité et la nutrition dans un cadre national unique.
Cette initiative a abouti à l’élaboration du Plan directeur de convergence pour l’action climatique des systèmes alimentaires, un document partagé définissant trois priorités nationales orientant les investissements publics à partir de 2026 : le développement de la chaîne de valeur du riz, la production agroécologique des cultures de base et de l’élevage, et l’autosuffisance nationale.
Science, jeunesse et communautés
Une bonne gouvernance et un alignement stratégique sont nécessaires, mais insuffisants. Le Cameroun a également mis en place une véritable boucle de rétroaction entre politiques publiques et réalités de terrain, à travers l’Interface Science-Politique-Société (SPSI), lancée à Yaoundé début 2025 avec l’appui de la coopération allemande.
La SPSI relie chercheurs, décideurs publics et communautés, garantissant que les décisions relatives aux systèmes alimentaires reposent à la fois sur des données scientifiques, des savoirs locaux et des expériences vécues. Il s’agit concrètement d’un mécanisme permettant d’anticiper et de corriger les hypothèses politiques avant qu’elles ne se heurtent aux réalités du terrain.
Les jeunes occupent une place centrale dans cette architecture. Rita Bonwi Njabeh, ancienne participante au Programme de leadership des jeunes du Pôle des Nations Unies des systèmes alimentaires, est aujourd’hui intégrée à l’équipe de la Coordinatrice nationale au Ministère de l’Agriculture. Elle contribue aux consultations nationales, aux apports techniques du Plan d’action et à la création du Chapitre national du Forum mondial de l’alimentation au Cameroun, un réseau de plus de 100 jeunes professionnels et étudiants engagés dans la transformation des systèmes alimentaires à travers le pays.
On observe ici un changement chez les jeunes : de la participation à une implication directe dans la mise en œuvre, une distinction essentielle.
De la planification à la mise en œuvre : CONVERGEFOOD
En mars 2026, le Cameroun a franchi un cap décisif en passant de la planification à l’action avec le lancement du programme conjoint CONVERGEFOOD, dans le cadre de la fenêtre « Transformation des systèmes alimentaires » du Fonds conjoint pour les objectifs de développement durable (ODD).
Mis en œuvre par le PAM, la FAO, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) et le Fonds d’équipement des Nations Unies (UNCDF), avec le soutien de l’Allemagne, de l’Irlande, de l’Italie et de l’Espagne, CONVERGEFOOD cible les contraintes structurelles qui maintiennent les petits exploitants agricoles dans une faible productivité et des marges limitées : insécurité alimentaire, accès limité aux marchés, pertes post-récolte et accès restreint au financement. Tout en agissant au niveau local, le programme aligne ces interventions avec les priorités nationales du Cameroun en matière d’alimentation et de climat.
Le Modèle de réussite évolutif, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par le PAM et la FAO, complète cette approche en identifiant les solutions efficaces au niveau communautaire et en produisant les données probantes nécessaires à leur mise à l’échelle. Une analyse des besoins et une cartographie des parties prenantes ont déjà permis de mieux cibler les véritables obstacles et où un soutien ciblé peut les surmonter.
Une avancée décisive en matière de financement
L’un des aspects les plus marquants de l’expérience camerounaise concerne le financement.
Le Fonds conjoint pour les ODD a fourni un financement de démarrage de 2 millions de dollars américains, un capital catalytique destiné non pas à résoudre entièrement le problème, mais à démontrer qu’il est solvable et que l’architecture institutionnelle mise en place est crédible. Cette approche a porté ses fruits. Lors du Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires +4 en juillet 2025, le Gouvernement du Cameroun et le Coordonnateur résident des Nations Unies ont présenté un argumentaire d’investissement qui a permis de mobiliser 15 millions de dollars supplémentaires via l’Initiative phare mondiale pour la sécurité alimentaire, qui seront versés par la Banque islamique de développement combinant ressources concessionnelles et commerciales.
Le passage à l’échelle est significatif : alors que le programme initial concernait 44 coopératives, l’extension pourrait en atteindre 380 supplémentaires. Plus encore, le modèle de réduction des risques pour les investissements du secteur privé dans les chaînes de valeur alimentaire, grâce à des mécanismes de financement innovants, est désormais envisagé pour une réplication dans la Corne de l’Afrique.
C’est précisément le rôle du capital catalytique. Le Cameroun en apporte la démonstration.
Portée au-delà du Cameroun
L’expérience du Cameroun ne constitue pas simplement une réussite à saluer. Elle représente un modèle de référence pour les gouvernements cherchant à passer des trajectoires nationales à des résultats concrets, pour les partenaires techniques et financiers souhaitant maximiser l’impact de leurs investissements, et pour le système des Nations Unies confronté au défi de la cohérence dans des contextes nationaux complexes.
Les enseignements sont clairs : renforcer un mécanisme national de coordination crédible, faire converger les agendas dès le départ, relier les données probantes aux politiques publiques, utiliser le financement catalytique pour mobiliser des ressources supplémentaires, et intégrer les jeunes dans la mise en œuvre, au-delà du dialogue.
La montagne ne se déplace pas seule. Mais comme le démontre le Cameroun, des efforts coordonnés alignés autour d’une vision commune, appuyés par les bons outils et une réelle volonté politique, peuvent la déplacer.
Cet article a été initialement publié en anglais par le Fonds conjoint pour les ODD. Veuillez consulter le site web de l'équipe des Nations Unies pour obtenir plus d'informations sur le travail de l'ONU au Cameroun.