Biodiversité : à Erevan, l’ONU veut passer des promesses aux actes
La protection de la biodiversité est au cœur des discussions de la COP17, qui s’est ouverte lundi à Erevan, en Arménie. Alors que plus d’un million d’espèces sont menacées d’extinction, les États sont appelés à accélérer la mise en œuvre de leurs engagements pour enrayer l’érosion du vivant et préserver les moyens de subsistance de milliards de personnes.
Quatre ans après l’adoption du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal, cette conférence des Nations Unies doit permettre d’évaluer les progrès accomplis et de déterminer les mesures nécessaires pour atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030.
« En 2022, 196 pays ont pris des engagements. Mais nous sommes tous responsables les uns envers les autres, ainsi qu’envers les générations futures. Ce qui se joue ici, à Erevan, est crucial. Des milliards de personnes, dont l’existence est bouleversée par les conséquences de la perte de biodiversité, comptent sur les avancées qui seront réalisées ici au cours des deux prochaines semaines », a déclaré Astrid Schomaker, secrétaire exécutive de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique.
Mobiliser toutes les forces
Soulignant que « l’action en faveur de la nature porte ses fruits », Mme Schomaker a appelé à mieux mobiliser les savoirs et les initiatives des peuples autochtones, des communautés locales, des femmes et des jeunes, afin qu’ils participent pleinement aux décisions.
« Nous avons besoin d’un engagement encore plus fort de la part des villes, des entreprises et des institutions financières… Les données scientifiques sont sans appel. Aucune nation, aucune économie, aucune société n’est à l’abri des conséquences de la perte de biodiversité », a-t-elle affirmé.
Les discussions portent notamment sur les principaux facteurs de l’érosion du vivant : les changements en matière d'utilisation des terres et des mers, la surexploitation des espèces, le changement climatique, la pollution et les espèces exotiques envahissantes.
Parmi les objectifs phares du cadre de Kunming-Montréal figure l’engagement dit « 30 par 30 », qui vise à protéger 30 % des terres et des mers de la planète d’ici à 2030, année butoir des Objectifs de développement durable (ODD) adoptés par les Etats membres des Nations Unies en 2015.
Pour respecter ces engagements, les stratégies nationales doivent être alignées sur les objectifs mondiaux, les financements doivent être à la hauteur des besoins et les modes de production et de consommation doivent tenir compte des « ressources limitées de notre planète », a souligné Mme Schomaker.
Des engagements aux résultats concrets
Pour l’Arménie, pays hôte de cette 17e Conférence des Parties (COP17), l’enjeu est désormais de traduire les promesses en avancées mesurables sur le terrain.
« Nous voulons que la COP17 envoie un signal politique clair : pour faire face à la perte de biodiversité, une action coordonnée est nécessaire, impliquant les gouvernements, les organisations internationales, le secteur privé et la société civile », a déclaré à ONU Info Paruyr Hovhannisyan, représentant permanent de l’Arménie auprès des Nations Unies.
« Cela suppose de renforcer la mise en œuvre, de mobiliser des ressources adéquates, et d’améliorer le suivi ainsi que la responsabilité », a-t-il ajouté.
Les gouvernements doivent notamment réaliser le premier bilan mondial des progrès collectifs accomplis depuis l’adoption du cadre en 2022, à partir des rapports nationaux et des stratégies actualisées de protection de la biodiversité. Cet examen doit permettre d’identifier les avancées, mais aussi les domaines dans lesquels les efforts doivent être intensifiés.
La question du financement figure également parmi les priorités. Le cadre prévoit de mobiliser au moins 200 milliards de dollars par an d’ici à 2030, toutes sources confondues, dont au moins 30 milliards de dollars par an au titre du financement international en faveur de la biodiversité.
Les discussions doivent aussi faire progresser la mise en œuvre du Fonds de Cali, créé dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique lors de la COP16, en Colombie. Ce mécanisme vise à recueillir des contributions des entreprises qui tirent profit de l’utilisation de données génétiques numériques, afin de financer la conservation de la biodiversité et de soutenir notamment les peuples autochtones.
L’amélioration du suivi des engagements, la fiabilité des données et le renforcement des capacités nationales figurent également à l’ordre du jour. Les gouvernements devront par ailleurs s’attaquer aux politiques économiques qui freinent la transition, notamment aux incitations néfastes pour la nature et aux pratiques de consommation non durables.
Mettre fin à la « guerre contre la nature »
Ces négociations interviennent après un avertissement du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qui a appelé vendredi à mettre fin à la « guerre contre la nature » et à renforcer les efforts internationaux pour préserver la biodiversité au bénéfice des générations futures.
« Chaque jour, l’humanité scie une branche de plus sur l’arbre de la vie. Le chaos climatique, les espèces envahissantes, le surpâturage et la surpêche, l’usage excessif d’engrais, de pesticides, de plastiques et de métaux lourds — autant de facteurs qui alimentent la triple crise planétaire : pollution, perte de biodiversité et chaos climatique », a-t-il déclaré.
Le chef de l’ONU a averti que la planète se rapprochait dangereusement d’un état qui pourrait la rendre inhabitable. Il a toutefois souligné que le Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal avait déjà suscité des initiatives dans le monde entier depuis son adoption en 2022.
À Erevan, les gouvernements sont désormais appelés à accélérer cette dynamique et à combler le fossé entre leurs engagements et leur mise en œuvre, alors que l’échéance de 2030 approche.
Cet article a été initialement publié par ONU Info.